DANS LE ROYAUME DE FRANCE
AU COURS DE LA PREMIERE MOITIE DU XVIIème SIECLE.
Depuis le début de ce XXIème siècle, les sociétés occidentales ainsi que d’autres sociétés du monde font face à une succession de crises et sont conscientes de l’urgence de trouver des solutions pour préserver leur santé, leurs économies mais aussi l’équilibre de la biodiversité et le respect de l’environnement naturel, leur héritage culturel, spirituel.
L’histoire passée peut éclairer notre présent, et nous éviter de rentrer dans une accélération des crises ou des conflits menaçant les équilibres des sociétés.
Accordons-nous donc un peu de notre temps et revenons sur la situation que le Royaume de France a connue quatre siècles auparavant. Période marquée par les guerres de Religion, des guerres civiles, des famines, des périodes de pestes. Les sociétés civiles étaient devenues très fragiles. Une grande pauvreté et le climat de violence alimentaient fréquemment les tensions.
Pour situer un peu mieux les événements, les rois de l’époque concernée furent : HENRI IV jusqu’à son assassinat en 1610 puis son fils LOUIS XIII de (1610 à 1643), les reines Catherine et Marie de MEDICIS puis Anne D’AUTRICHE – les grands Ministres gouvernant le Royaume comme le Cardinal RICHELIEU, puis MAZARIN, cherchaient des solutions. Mais c’est seulement après des guerres longues, des mesures autoritaires, que des concessions des traités de paix sont partiellement acceptées.
La seconde moitié du XVIème siècle de 1562 à 1598 a vu les guerres de Religions qui furent des guerres civiles (8 périodes de guerre au total), des conflits sanglants entre catholiques et protestants alimentées par des arrière-pensées politiques. L’Edit de Nantes en avril 1598 impose la paix après 36 ans de guerre, mais les tensions subsistent encore. Le bilan des pertes humaines est élevé. La population du royaume de France en 1560 était estimée entre 17 et 18 millions à la fin du siècle elle serait tombée à 16 millions.
Au cours de la première moitié du XVIIème, les conflits et tensions se poursuivent. Mais cette période voit émerger aussi des personnalités discrètes qui diffusent dans un climat de crise « un humanisme positif, une spiritualité mystique. » On voit des grands mouvements spirituels se mettre en marche soutenus par des femmes et des hommes qui veulent rester discrets, prônant l’humilité.
Pendant que des nobles et des gens de pouvoir continuent à s’opposer, à se déchirer, les dévots, les mystiques, les appelés de Dieu, soutenus par leurs convictions, leur foi, prennent à bras le corps les défis de la société de l’époque. La « charité » devient leur boussole de vie. Ils veulent la faire rayonner, l’exercer pour répondre aux besoins, aux souffrances multiples. « L’amour du prochain » fait aussi grandir l’Église. L’éducation des jeunes filles progresse et devient l’expression de l’attention et de l’amour qu’on doit accorder aux créatures de Dieu.
Nous assistons au cours de cette première période du XVIIème, au sein de l’Eglise catholique de France à de nombreuses initiatives de femmes à la fois discrètes et dévotes, inspirées et influentes mais très souvent déterminées à se mettre au service de causes sociales, éducatives, spirituelles ainsi que de gestion et d’accompagnement d’institutions. Elles reçoivent le soutien aussi bien des autorités religieuses que politiques. Elles se présentent comme coopérantes mais aussi autonomes, désireuses de se mettre à l’écoute de conseillers spirituels comme le futur cardinal Pierre de Bérulle, représentant majeur de la spiritualité française futur fondateur de la société de l’Oratoire, de François de Sales , de Vincent de Paul.
Mme Barbe ACARIE (1561-1618).
Issue de la haute bourgeoisie des finances de l’époque. Sa jeunesse de célibataire fut brève. Jeune, elle refusait de se mettre en valeur avec des parures et des bijoux. Ses parents la marient à l’âge de 16 ans et demi en 1582 avec Pierre Acarie, maître des comptes. Elle aura 6 enfants (3 filles et trois garçons). Un de ses garçons sera prêtre et une de ses filles, religieuse carmélite.
Dans son hôtel particulier à Paris qu’on appelle « Salon Acarie » elle rayonne en accueillant des personnalités partageant leurs expériences spirituelles : des théologiens, des religieux, comme François de Sales, des prêtres comme Vincent de Paul, des hommes du monde, des cardinaux comme François de de Sourdis, archevêque de Bordeaux. Au cours de ces rencontres, elle organise des temps de prière, des célébrations, des temps d’échange sur les courants spirituels, sans oublier des problèmes concrets comme les constructions et gestion des bâtiments pour les futures carmélites. Elle n’hésite pas à pratiquer une activité caritative en se rendant à l’hôpital pour aider et soigner les malades.
Elle est la principale personne à avoir œuvré pour l’introduction du Carmel dans le Royaume de France. Lorsqu’elle devient veuve en 1614, elle opte pour être Sœur converse avec le nom de Sœur Marie de l’Incarnation. Elle introduit en France les Filles de Ste Thérèse d’Avila pour faciliter la diffusion de la spiritualité et de la dévotion. A sa mort en 1618, dans le royaume de France, 17 Carmels auront été fondés. Dans les témoignages mis en avant au sujet de sa personnalité, son l’humilité apparaît comme une caractéristique permanente de sa spiritualité et une manifestation de la profondeur de son union à Dieu. Elle sera Béatifiée en 1791 par le Pape Pie VI.
« L’humilité » : Voilà la voie la plus courte et la plus assurée pour aller à Dieu »
Louise de MARILLAC (1591- 1661).
Fondatrice, avec saint Vincent de Paul des Filles de la Charité. Louise de Marillac était née hors mariage de Louis de Marillac, conseiller au parlement ; elle eut une enfance peu heureuse et fut très profondément affectée quand elle comprit les circonstances de sa naissance.
Elle fut d’abord élevée chez les Dominicaines de Poissy. Après le décès de son père en 1604, Louise alors n’avait que 13 ans. Sa famille rencontre des revers de fortune, sa belle-mère, la place dans une pension de jeunes filles, confiée à une femme pauvre, qui lui apprit à coudre, à peindre, à tenir une maison. Elle n’habitera jamais chez sa belle-mère.
Les Capucines, auxquelles elle aurait voulu se joindre, jugèrent sa santé trop faible. En 1613, on la maria à Antoine Le Gras, secrétaire des commandements de Marie de Médicis. Elle eût un fils, Michel. Lorsque son mari tomba malade ; elle fut soutenue par d’éminents directeurs de conscience : saint François de Sales à partir de 1618, Mgr Camus, évêque de Belley, enfin Vincent de Paul, qu’elle rencontra en 1624. Son mari mourut en 1625.
Après avoir rencontré Vincent de Paul au début de 1625, qui venait de fonder à Chatillon les Dombes, la première confrérie de la Charité. Louise va jouer un rôle capital à ses côtés. Pleine d’esprit de coopération et déterminée, elle partage en même temps avec Vincent de Paul une sorte de sainteté complémentaire dans la mise en place d’institutions de charité.
Dès 1638, Ils mettent en place une œuvre pour accueillir et prendre soin des « Enfants trouvés », enfants abandonnés dans les rues de Paris, dans les faubourgs ou sous les porches des Eglises (les historiens estiment le nombre d’enfants abandonnés à l’époque entre 300 et 400 par an) .
Cette initiative est à la base de « l’Assistance publique moderne ».
Sainte Jeanne de CHANTAL (1572- 1641)
Née à Dijon le 23 janvier 1572, au temps des Guerres de religion, Jeanne Françoise Frémyot n’a pas connu sa mère, décédée lorsqu’elle avait 15 mois.
Elle reçoit de son père, Bénigne Frémyot, président du Parlement de Dijon, une excellente éducation à la foi. Il lui fait prendre conscience du commandement d’amour du prochain. Mariage en 1592 avec le Baron de Bourbilly, qui décède suite à un accident de chasse en1601. Jeanne de Chantal se trouve avec 4 petits enfants (les 2 premiers sont morts à la naissance). Durant son veuvage, elle retourne vivre chez son beau-père. Elle continue à servir et à s’occuper des pauvres. Elle veut vivre profondément le commandement d’amour du prochain : « si je n’aimais pas les pauvres, il me semble que je n’aimerais pas Dieu » affirme- t-elle.
Elle rencontre St François de Sales en 1604 qui devient son directeur spirituel et il lui recommande 3 vertus : la patience- la persévérance – l’humilité. Discrète, Jeanne de Chantal met des mots sur sa spiritualité et facilite la réalisation du projet de François de Sales pour un Ordre Nouveau :
L’Ordre de la Visitation. (Contemplatif avec des règles de vie souples, accueillant toutes celles qui sont appelées à Dieu dans la prière et la vie intérieure). Elle donne son énergie pour collecter de fonds et dans la simplicité et l’humilité elle s’investit pour développer ces maisons spirituelles.
A la mort de François de Sales en 1622, il y a déjà 13 monastères et 87 en 1641. Elle ne se laisse pas distraire par la notoriété résultant de ces fondations. Elle continue à s’occuper de l’avenir de ses enfants et de son itinéraire spirituel en pratiquant la charité auprès des pauvres. Lorsqu’elle décède en 1641 à Moulins, sa vie comme (fille, épouse, veuve et religieuse), ses engagements missionnaires et spirituels sont donnés comme des exemples à suivre.
En 1767, elle sera canonisée comme sainte, par le Pape Clément XIII.
En 1665, le pape Alexandre VII, avait déjà canonisé François de Sales. Ils sont reconnus par leurs parcours et par leur spiritualité comme deux saints modèles pour grandir dans la foi.
Marie GUYART (en religion) Marie de l’Incarnation
(Née en 1599 à Tours décède en 1672 à Québec)
Née le 29 octobre 1599 à Tours. Sa mère d’origine noble, son père simple et honnête artisan. Ses parents lui donnèrent une solide éducation chrétienne. Très tôt, dès l’âge de 14 ans, elle manifesta un intérêt pour le cloître. En 2017, ses parents la marient à un maître ouvrier en soie. Son mari décède après 2 ans de mariage, lui laissant un fils âgé de 6 mois. Elle ira habiter chez sa sœur, mariée à un marchand voiturier. Celui-ci, au vu de ses talents lui confie la responsabilité de l’entreprise. Refusant de se remarier, elle mène une vie de prière, de lecture de livres pieux, de conversion avec Dieu. En 1631, après avoir confié son fils Claude à sa sœur, elle rentre au noviciat des Ursulines à Tours. Mais son cœur, sa foi, les témoignages des missionnaires, ses lectures des « Relations des Jésuites la persuadent que Dieu l’appelle au Canada.
Aussi en 1639, avec deux autres Ursulines, elle débarque à Québec, fonde un monastère et une première Ecole de jeunes filles. Elle s’attache à l’évangélisation et à la francisation des autochtones. Sœur Marie de l’Incarnation est présentée par ses biographes comme une grande « Amazone de Dieu », une femme voyageuse, engagée, une femme désirante. Les Jésuites missionnaires à Québec furent ses directeurs de conscience et l’initièrent aux langues amérindiennes.
Pour elle, son amour pour Dieu est une « force motrice ». Elle est sans cesse à la recherche d’une union à Dieu. Après avoir dit adieu à ses petites Amérindiennes, elle s’éteignit le 30 avril 1672.
Le 03 avril 2014, elle est canonisée saint par le pape François.
Les Sœurs de la Congrégation de St Joseph, en 1650
15 octobre 1650 : Elles sont six femmes à qui Monseigneur de Maupas confie son hospice du quartier Montferrand : Françoise Eyraud, 35 ans, directrice, Clauda Chastel, veuve, la seule qui sache signer son nom, Marguerite Burdier, 24 ans, d’une famille de petite bourgeoisie, Anna Chaleyer, 46 ans, Anna Brun, 15 ans environ et Anna Vey. Elles sont les six premières sœurs de St Joseph. En effet, l’Evêque a reconnu officiellement la petite Congrégation le 15 octobre 1650. Au cours de sa bénédiction, il les exhorta à la plus parfaite charité envers le Prochain et les mit sous la protection du glorieux St Joseph. Il ordonna que leur Congrégation s’appellerait la Congrégation des Sœurs ou des Filles de St Joseph. Cette appellation illustre l’ouverture de l’Église à de nouveaux regroupements de fidèles. Avec la création et la reconnaissance de la Congrégation de Sœurs ou des Filles de St Joseph, on assiste à une nouvelle proposition pour témoigner de la spiritualité chrétienne au milieu de XVIIème siècle. Cette fois, le projet du Père Médaille conçoit une spiritualité à l’usage des « laïques » femmes et accessible aux plus humbles.
En conclusion :
Au cours de cette première moitié du XVIIème siècle, les d’initiatives provenant directement de femmes se sont multipliées, soutenues par des autorités spirituelles ou hiérarchiques. Elles sont inspiratrices de courants nouveaux, médiatrices de comportements altruistes durables, pionnières missionnaires (comme Sœur Marie d’Incarnation au Canada), d’autres améliorent le quotidien de leur prochain (Filles de la Charité, Sœurs St Joseph).
Elles n’ont pas cherché à résoudre les tensions politiques liées à la Réforme, ou Contreréforme, mais, simplement, modestement, durablement ont contribué à améliorer le quotidien de leurs proches, à trouver et à partager une joie de vivre, à marquer des points de repères spirituels clairs, à rendre grâce à Dieu.
Leur actualité en 2023 nous conforte. Ces « prophètes » féminines et masculins nous ont indiqué la voie juste en direction du Prochain, de la Perfection et de Dieu. Nous pouvons leur exprimer notre reconnaissance. L’Eglise catholique, évêques, papes, leurs communautés les ont reconnues comme des « messagères » de Dieu œuvrant pour un monde nouveau.
François PETINATAUD